Passages-ruelles-cours


La plaque indique « Passage Rochetière – Voie privée ». Heureusement, les piétons sont rarement inquiétés lorsque l’envie leur prend de s’engager dans ces discrets cheminements.
Le quartier lui-même est étrangement calme et comme endormi dans son passé bourgeois du début de XXe siècle et l’uniformité de son architecture. Nous sommes « extra-muros », mais si près du centre ville… La rue Franklin, sinueuse, et la rue du Quinconce, parfaitement rectiligne, qui délimitent le passage, convergent vers la place du Lycée et le « faubourg Bressigny », et ne sont pas inscrites dans les circuits touristiques. Mais les trouvailles, celles que j’affectionne, y sont possibles.

Mais revenons au passage Rochetière… Trois marches à descendre sous un porche au n° 25 de la rue Franklin ! Voila qui interdit l’incursion automobile par cet accès !
Le sol goudronné laisse apparaître des pavés, une rigole centrale canalise, à l’ancienne, les eaux de pluie. Les fils des réseaux de distribution électriques découpent cruellement le ciel.
Sur la gauche, voila certainement les plus anciennes maisons du passage , dont l’une au n° 20 est curieusement inclinée vers l’arrière.

Sur la droite, après quelques pas, apparaît (au n° 17), une haute bâtisse remarquable par l’immense atelier d’artiste de son dernier étage, idéalement orienté au nord. L’atelier est desservi en pignon par un bel escalier extérieur. Pierres de schiste et tuffeau… La maison est parfaitement restaurée, fonctionnelle certes, mais de bon goût. Cette construction tranche avec les autres habitations du passage par son imposante silhouette et cette magnifique verrière… Le rêve pour un artiste.


L’atelier du n° 17

Plus bas (nous descendons en pente douce), le passage devient plus étroit, plus sombre aussi. L’attention est attirée par une large construction à un étage formée de deux corps de bâtiment en pignon encadrant symétriquement un troisième corps plus large. Certaines fenêtres sont murées, d’autres garnies de barreaux. L’enduit des façades se délite ainsi que les encadrements de tuffeau des fenêtres et des portes. Inutile d’appuyer sur le bouton de sonnerie de la large porte d’entrée ! La rouille le rend hors d’usage. Un atelier ou un entrepôt abandonné ? Non… J’entends des rires d’enfants ! Il y a de la vie ici !

On entend à peine les bruits de circulation. On ressent, là encore, cette impression d’être, pour un court instant, hors du temps, loin de l’excitation de la cité.
Au-delà, en se dirigeant vers le débouché sur la rue du Quinconce, l’intérêt est moindre, le passage retrouve un aspect presque résidentiel avec quelques maisons précédées d’une cour arborée, et le haut mur d’une petite résidence.
Le passage continue de l’autre côté de la rue du Quinconce, mais l’accès à l’avenue Jeanne-d’Arc est rendue impossible par une porte verrouillée par les riverains.

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C’est tout ? … Vous êtes probablement déçus !
Mais ne raccrochez pas !
Je vous invite à dépasser
cette première « lecture » du passage Rochetière.
En voila une seconde,
rendue possible par l’Atlas du Patrimoine,
par le pittoresque cadastre napoléonien,
par l’aide précieuse et amicale
des habitants, des documentalistes et archivistes,
et aussi…
par le hasard heureux,
celui qui ne survient que si on le favorise quelque peu…

Suivez le guide !

ICI

De bonnes surprises vous attendent !

La rue Valdemaine, depuis le carrefour très fréquenté Poëliers-Bodinier-Saint-Laud, n’offre guère d’attraits; et j’admire le courage de cette femme, avec laquelle j’aimais bavarder, qui a essayé pendant plusieurs mois d’y faire vivre une petite boutique de disques d’occasion avant de baisser les bras et le rideau!
L’impasse des Petits-Pères (3) s’ouvre discrètement sur cette rue, quelques dizaines de mètres après ce carrefour. Etroite et peu engageante (Il faut se plaquer contre les murs si une voiture s’y engage!), elle descend en pente douce, bordée à gauche par les vestiges d’une maisons à colombages et à droite par les murs très laids garnis de baies qui appartiennent aux dépendances des magasins de la rue des Poëliers.
Un tuyau crache des vapeurs au-dessus de votre tête et la seule note un peu optimiste et colorée est celle fournie par un « tag » qui annonce d’une façon très convaincante: « Le monde est à nous! ».
La cour qui termine le parcours est plus large et tristement garnie de garages à voitures. Des immeubles assez récents en ferment la perspective.
Les « Petits-Pères »? Qui étaient-ils?… Dans l’espace délimité par l’impasse, la rue Valdemaine et la rue Parcheminerie, s’élevait jadis l’un des hôtels les plus beaux et les plus vastes de la ville d’Angers: L’Hôtel Poyet des Granges. Il fût mis à la disposition des prêtres de la « Congrégation de la Mission » (ou prêtres « Lazaristes » de Saint Vincent de Paul) en 1674 par sa propriétaire, Mademoiselle de la Grandière Cornuau. Cette communauté y résida depuis cette date, jusqu’à la Révolution.
Cet Hôtel, dont l’architecte n’était autre que Jean Delespine (2) a pratiquement disparu, mais je vous convie à faire un très grand effort d’imagination! Parvenu dans la cour, retournez-vous et levez les yeux.

Malgré les bouleversements qu’a connus l’ensemble du site, vous pourrez remarquer les vestiges d’un grand toit dans lequel s’encastrent d’autres corps de logis, le tout sauvagement modifié et ravalé! En ressortant dans la rue Valdemaine et en vous plaçant en face des bâtiments de l’école maternelle, vous apercevrez de nouveau ce toit sous un autre angle, et, lui faisant face, de l’autre côté de l’école, d’autres traces d’un pignon de l’Hôtel, imprimées dans un grand mur, à une hauteur qui laisse imaginer l’importance de la construction disparue.

Et l’on se risque à lancer dans l’espace des lignes imaginaires pour reconstituer désespérément ce qui était peut-être aussi beau que l’hôtel Pincé!

Si j’ai réussi à piquer un peu votre curiosité, vous trouverez ICI un complément d’informations sur l’installation de ces Petits Pères à Angers.

(1) Consultable aux Archives Municipales.
(2) Voir la fiche intéressante publiée ICI par le Conseil Général (On y retrouve la plume d’Olivier Biguet et Dominique Letellier!)
(3) D »après le recensement de population de 1769 (1), l’impasse des Petits-Pères portait aussi le nom d’impasse des « Basse-Bretons »… Allez savoir pourquoi ?

Avec l’aimable permission de Monsieur Christophe de Guisti propriétaire du lieu, je suis allé, le 15 janvier 2009, en piétinant dans la boue, prendre quelques photos de ces murs de tuffeau meurtris par les siècles. Ils venaient de perdre la protection de leur toiture, en attendant de disparaître totalement pour laisser place à projet immobilier. Mais quelques jours plus tard, Monsieur de Guisti me confiait une série de belles photographies prises avant la disparition de la charpente, et je l’en remercie vivement!

Nous sommes au coeur de l’ancien quartier des halles, au bas de la place du même nom (Maintenant place Imbach), entre la rue du Commerce et le boulevard Carnot.

Il est difficile d’imaginer que ces murs ont accueilli, depuis le XVIe siècle, le jeu de paume dit « Le grand jeu des halles », puis, à partir de 1763, la « Salle de la Comédie », haut-lieu de l’activité théâtrale de notre ville jusqu’en 1825, année de l’inauguration du premier théâtre de la place du Ralliement.
Comme aujourd’hui, on y accédait par le fond de l’ Impasse de la Comédie (1).


La salle avant disparition de la charpente

L’historien Péan de la Tuilerie, vers 1778, écrivit: « … C’est une des salles de province très agréable et fort commode; elle a été peinte par le célèbre Dubois; le plafond en est superbe. » et dans ses « Chroniques historiques » (2), Sylvain Bertoldi nous conte ce que furent les plus brillantes heures de ce théâtre, mais aussi son lamentable état au début du XIXe siècle!

Le ciel était gris, l’air froid et humide, mais seul dans cet espace qui allait mourir définitivement, je croyais voir passer avec émotion des fantômes merveilleusement costumés…


l’entrée au fond de l’impasse de la Comédie

Si vous désirez en savoir un peu plus… Voir ICI

Important:
Pour la rédaction de cet article, j’ai emprunté une part infime du remarquable travail réalisé par l’équipe qui oeuvre au sein du service de l’ « Inventaire général du Patrimoine » . Ce service a déjà publié une base de données pour Angers « extra-muros » et est sur le point de le faire pour l’ensemble, bien plus important, du patrimoine d’ Angers « intra-muros ». Souhaitons que la municipalité comprenne l’intérêt de cette publication pour tous les amoureux de notre ville!

(1) Vous ne saviez pas que cette courte impasse, située au bas et à droite de la place Imbach, portait ce nom. Comme vous ne saviez pas que l’impasse située 50 mètres plus haut, portait le nom de l’Impasse Louet ! La municipalité ne faisant guère d’effort pour garder apparent le nom de ces vieilles ruelles!
(2) « La vie théâtrale à Angers – Acte I » (Vivre à Angers – octobre 1996)

Ah! Ah!… Vous ne la connaissiez pas celle-là! Et pourtant, en cherchant fébrilement des idées pour vos derniers cadeaux, vous êtes peut-être passés plusieurs fois devant son entrée au 4 de la rue Saint-Laud.

Un portail en ferme l’entrée et son autre extrémité sur la rue Bodinier est également fermée par une grille… Alors comment définir une impasse ouverte aux deux extrémités et condamnée aux deux extrémités? Je vous laisse chercher!
L’impasse est repérable sur les anciens plans ou cadastres d’Angers mais semble avoir été définitivement oubliée au XXe siècle. Simple couloir livré aux courants d’air, son nom ne figure plus nulle part, ni sur les murs, ni sur les plans récents.

Impasse… Elle le fut vraiment jusqu’à la percée de la rue Bodinier à la fin des années 1860, qui, en rasant quelques immeubles contigus, lui offrit un deuxième accès.
En l’examinant depuis cette rue Bodinier (baptisée au début « Rue des Poëliers prolongée »),on constate une dénivellation importante entre sa chaussée, encore pittoresquement pavée, et le niveau de la rue. (Voir photo ci-dessus)
Les archives de la ville (*) nous offrent une savoureuse correspondance datée de 1872, entre une dame B… propriétaire dans l’impasse de Bade (**), et les services de la mairie. Madame B… souhaitait se faire installer, aux frais de la municipalité, un escalier en marches de granit pour franchir la dénivellée. Un expert mandaté soutenait alors que l’ouverture récente de l’impasse, autrefois « sans air et sans lumière », apportait à la propriété de Madame B… une plus value certaine, et qu’elle pouvait donc se contenter de marches en bois.
Ce lieu avait auparavant fait l’objet de réclamations de la part des propriétaires qui signalaient dès 1851 « …Des pavés mal joints dans lesquels les eaux ménagères se répandent, séjournent et exhalent des odeurs fétides et nuisibles à la santé… »

(*) Cote: 1O554
(**) Si vous connaissez l’origine de ce nom, merci de me la faire connaître !

Si vous honorez ce blog de visites régulières, vous découvrirez vite que je porte une affection particulière pour ce quartier et son histoire, et ceci pour diverses raisons:
- Je parcours le boulevard Saint-Michel tous les jours, soit pour gagner le centre-ville, soit tout simplement pour acheter le bon pain croustillant de la Boulangerie des Plantes et mon quotidien habituel.
- J’y croise une population attachante par sa diversité, des groupes de retraités en grande discussion, des femmes de couleur aux vêtements éclatants et leurs beaux enfants soigneusement coiffés, et, malheureusement, beaucoup de SDF…
- Je m’intéresse à l’histoire de ce faubourg, et à celle de ses habitants, depuis ses origines en passant par l’épisode des « Perreyeux » employés dans les carrières voisines du Pigeon ou de Bouillou, et celui de l’ère « Bessonneau ».

Il ne reste guère de traces de l’ancien faubourg depuis la démolition de la totalité de cet ilôt misérable et insalubre dans les années 60, qui ont vu également la disparition des quartiers Saint-Sanson, Saint-Nicolas, Port-Ligny et République.

Tous les Angevins devraient aller voir la remarquable exposition de la salle Chemellier consacrée au centenaire du bureau municipal d’hygiène (2). Une iconographie remarquable permet de se faire une idée de l’état de ces quartiers avant le passage des engins de chantiers.
On ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine amertume en songeant que l’on raye aussi facilement, brutalement et définitivement les témoins du cadre de vie d’une population pauvre et laborieuse alors que l’on consacre d’importants budgets à la sauvegarde des témoins de la vie seigneuriale, bourgeoise et religieuse.
On peut concevoir qu’il était financièrement impossible de rénover et d’assainir de tels ilôts qui faisaient depuis longtemps la honte de notre ville! Mais je suis persuadé qu’il aurait été possible de conserver des secteurs témoins de cet habitat et de la vie sociale qu’ils abritaient! La vie troglodytique de nos campagnes a été mieux traitée !
Il ne reste que des cartes postales comme celle que vous voyez ci-dessus (que l’on peut dater approximativement, puisque le tram a gagné le boulevard Saint-Michel en 1896), où l’on montre invariablement la voie principale, car on occulte volontairement la misère des nombreuses « cours » intérieures, où les angevins craignaient de s’aventurer.
Les deux images qui suivent, prises dans les années 1950, illustrent bien mieux mon propos. J’aimerais trouver d’autres images tout aussi simples et émouvantes, mais elles sont si rares!(1)
Mon nouvel ami Yves Raimbault, diacre de Saint-Antoine, qui a connu le vieux Saint-Michel, m’en donne une terrible raison: « … Les gens qui vivaient là avaient tellement honte de leur misère… »


Arch. mun. Angers 01Num_E2007_Saint-Michel001

Arch. mun. Angers 01Num_E2007_Saint-Michel004

(1) J’espère que les visiteurs de ce blog m’aideront à trouver d’autres témoignages personnels (textes ou photographies) du vieux faubourg Saint-Michel.
(2) Elle se termine le 11 janvier 2009.

Même s’il est intéressé par ce curieux couloir qui s’ouvre au 48 de la rue Saint-Laud, le passant n’est guère enclin à s’y engager! Certes, la lumière du jour vient éclairer le fond de l’impasse auquel il donne accès, mais l’étroitesse du passage évoque la description des coupe-gorges de certains romans de Fantomas.

En descendre la légère pente, qui a bénéficié d’un pavage récent avec rigole centrale, nous fait pénétrer aussitôt dans le calme habituel de ces lieux qui conservent la mémoire de ce vieux quartier. Des ouvertures murées alternent avec des portes en bois, la plupart surmontées d’arcs de pierre de tuffeau. La base d’un mur, monstrueusement enflée, semble prête à crever et à répandre son contenu innommable!

Malgré l’atroce injure des installations électiques « volantes » et des tuyauteries d’écoulement des eaux, un charme subsiste ici, indéfinissable. Au-dessus de nous, un morceau de ciel parvient à éclairer quelques fenêtres ouvertes sur un espace que les évolutions architecturales de la rue Saint Laud ont épargné.

(Le dictionnaire des rues de la ville d’Angers nous apprend que le terme de « Peronnelles » désignait les prostituées qui vendaient ici leurs charmes sous l’Ancien Régime.)

…Elle a disparu sous les coups des démolisseurs au milieu des années 70 ! Elle traversait le dernier paquet d’immeubles en bas du quartier actuel des halles, entre la rue de la Poissonnerie et le quai René Bazin.
Son nom? Je ne l’avais pas noté ! Peut-être trouverai-je de l’aide parmi les lecteurs de ce blog pour le retrouver? Peut-être s’agit-il de la ruelle des Trois Maries? Je chercherai confirmation aux Archives Municipales avec l’aide toujours attentive de Sandrine Monnier!(1)

Je me souviens de ma visite dans ce passage lugubre bordé de masures délabrées. Mon réflex était chargé en noir et blanc qui convenait à merveille à l’ambiance du lieu! J’assimile ce geste du photographe à celui des archélologues assurant des fouilles de sauvetage dans l’urgence.

Beaucoup d’argent est dépensé pour assurer la survie des logis de la noblesse ou de la haute bourgeoisie, mais nous sommes sans pitié pour les pauvres masures qui  sont pourtant le témoignage de la vie de tant d’habitants de nos cités.

Mais je ne désespère pas de rassembler ici, dans les pages de ce modeste blog, d’autres reportages ou témoignages sur des quartiers ou des faubourgs disparus! Si vous me suivez sans lassitude, vous trouverez bientôt ici l’appel que je lancerai à tous ceux qui, comme moi jadis dans ce quartier des halles, ont pu recueilllir de précieux souvenirs.

La photographie est depuis longtemps entrée dans les foyers les plus modestes. Dans des cartons entassés  au fond d’un placard ou dans un grenier attendent peut-être des images dont on ne pouvait imaginer l’intérêt à l’instant où elles furent saisies: une fête dans la rue, une noce, une sortie d’école…

Je vous en reparlerai bientôt…

(1)…Correctif après visite aux Archives Municipales: Il s’agissait du passage de l’Arbalète…

Il ne faudra pas vous en étonner… J’adore découvrir les passages oubliés, les impasses inhospitalières, les couloirs sombres, les ruelles qui semblent appartenir à un autre temps. (1)
Pour un temps encore, avant leur disparition, ils m’offrent sur quelques dizaines ou centaines de mètres, une plongée dans le passé, un étrange espace où les bruits de la ville toute proche viennent se dissoudre…

Celui-ci a perdu son nom, car la plaque qui se trouvait encore à son débouché sur la rue de la Parcheminerie a disparu depuis peu, victime d’un collectionneur peut-être? Et je ne sais si la municipalité la remplacera dans ce vieux pâté de maisons à l’avenir incertain.

Je continuerai à parler de ces endroits parfois inquiétants, souvent plein de charme. J’en connais quelques-uns et j’espère que vous m’en signalerez d’autres. Ainsi pourra peut-être se constituer un petit guide des passages angevins?
Le passage des « Quatre-vents » (car c’est son nom!) s’ouvre donc rue Parcheminerie, près de son débouché sur la rue de la Poissonnerie, et se termine dans la rue Petite Romaine.

(1) Je suis né à Lyon, la ville des « traboules »…ça explique certaines choses!