Histoire


Souvent, à l’automne ou en hiver, lorsque le ciel est clair et que la soirée approche, un soleil bas et violent, tel un arc électrique, vient balayer la rue Lenepveu.
La remonter en direction du Ralliement devient un exercice périlleux car, aveuglé, il faut éviter les poussettes d’enfants, les groupes de jeunes filles excitées, et toutes ces silhouettes noires parmi lesquelles vous ne reconnaîtriez même pas les membres de votre famille !

La descendre, comme sa pente douce vous y invite, vous permet au contraire, tout en slalomant prudemment, d’apprécier l’enfilade des façades dont le soleil couchant met en relief les nervures et les décors.

Aujourd’hui, j’aimerais attirer votre attention sur les cinq magnifiques chiens qui ornent le quatrième étage de cet immeuble du n°11 (Face à l’agence France-Telecom, et au-dessus des enseignes « Nocibé » et « Tout Compte Fait ».

Fiers et élégants, ces quintuplés monozygotes dominent l’humain à la face naïve et complaisante qui les supporte et planent très haut au-dessus de l’agitation urbaine, apportant rythme et légèreté à une façade qui sans eux pourrait paraître bien sévère.

Les chercheurs du Patrimoine sont encore là pour nous éclairer sur l’origine de cet immeuble:

François Moirin en est l’architecte, qui l’a fait construire « pour lui-même » en 1896.

François Moirin… On découvre, en cherchant son nom dans les fiches du Service du Patrimoine (1) que sa trace est omniprésente dans notre centre urbain! Architecte haussmannien par excellence, il a marqué pour longtemps la physionomie des lieux les plus représentatifs de la ville.
Il semble avoir profité de l’extraordinaire chantier ouvert en centre-ville à cette époque. Promoteur tout autant qu’architecte, il réalise souvent pour lui-même quelques opérations particulièrement fructueuses lors du percement de la rue Voltaire, de la structuration du carrefour Rameau, de la rue Chaussée-Saint-Pierre et de cette rue Lenepveu.
Le « Grand Hôtel » , actuellement « Galeries Lafayette »(2) c’est lui… Le majestueux immeuble « Berthault » qui lui fait face de l’autre côté de la rue d’Alsace, c’est lui… Le premier tiers (n° impairs, plus de 50 mètres !) de la rue Voltaire, c’est lui !

Le carrefour Rameau, sur cette photo, trois immeubles Moirin

Ne se serait-il pas fait des ennemis ? En cherchant ce qui pourrait m’aider à mieux cerner ce personnage, je n’ai trouvé que son éloge funèbre (3), prononcé au cimetière de l’Est, dont on peut extraire ces mots:

« …N’est-ce point justement en cet isolement dans lequel il aimait à se confiner, qu’il faut chercher la raison pour laquelle il fut combattu parfois avec acharnement…

________________________

Retour vers les chiens de la rue Lenepveu…

Je ne suis pas un admirateur inconditionnel du style haussmannien… Loin s’en faut ! Alors laissez-moi apprécier qu’au numéro 11 de la rue Lenepveu François Moirin ait délaissé un instant la lourdeur du style pompier de l’époque pour créer une façade élégante et claire où ses chiens semblent parfaitement heureux…

Ah… Encore un mot…
En cette même année 1896, on démolissait sans état d’âme les halles voisines et leur magnifique charpente datant du Moyen-Âge !

______oOo______

(1) Fiches détaillées de toutes ses réalisations ICI, sur le site « culture.gouv.fr »
(2) Lire ICI la chronique de Sylvain Bertoldi: « La première galerie commerciale : le passage Moirin »
(3) « Le Petit Courrier » du 8 octobre 1902 (Archives Départementales en ligne)

Il ne s’agit plus ici d’une discrète impasse mais d’un monument majeur de notre cité, dont la masse imposante, à l’ombre de la cathédrale, ne peut échapper aux regards des passants arpentant les rues qui convergent vers la cathédrale : rue Saint-Laud, rue de l’Oisellerie, rue Baudrière…

Je vais donc déroger à la règle que je m’impose habituellement… Mais prudemment !
Je ne suis ni historien, ni architecte, ni archéologue ! Je me contenterai donc de vous transmettre ce que j’ai découvert en essayant de m’approcher de ce lieu familier mais méconnu, imposant mais étonnamment discret.

« étonnamment discret » …
L’Angevin curieux de se documenter sur l’histoire ou la description du palais épiscopal tombe inévitablement sur l’important ouvrage de Louis de Farcy «  Histoire et description du palais épiscopal d’Angers » – Angers – 1903, ( ce remarquable ouvrage se lit comme un roman ! Il est épuisé mais consultable aux archives municipales ou à la bibliothèque municipale). L’archéologue François Comte m’a signalé également l’article (3) paru dans la revue « 303″ en 2001 (n° 70, Les cathédrales des Pays de la Loire) sous la plume de Dominique Letellier et Olivier Biguet du service de l’Inventaire du patrimoine. A côté de ces écrits, trop exhaustifs ou trop spécialisés, il n’existe aucune publication à destination du public et des touristes (1)
Il serait pourtant facile d’éditer un fascicule illustré de quelques pages avec une version accessible sur Internet… J’espère que cette suggestion sera entendue par les responsables du tourisme à Angers !!!

« méconnu »…
Si l’on excepte les visites organisées une fois l’an à l’occasion des Journées du Patrimoine, mais qui ne touchent que quelques centaines de personnes, le palais épiscopal ne se visite pas ! Et cela mérite quelques explications qui m’ont été aimablement fournies par Dominique Latron, chef du Service départemental de l’architecture et du patrimoine du Maine-et-Loire :
- Le siège de l’évêché a quitté le palais en 1905, mais il bénéficie cependant d’un bail (2) signé avec l’ Etat (propriétaire des lieux) lui permettant d’utiliser les lieux avec obligation d’en assumer les charges. Ce bail prendra fin en 2027.
- Si certains travaux de restauration ont été pris en charge par l’administration (tour d’angle, tourelle d’escalier dans la cour intérieure), on peut facilement imaginer que la restauration intérieure et la mise à niveau pour le respect des normes de sécurité engageraient des budgets très importants.

On imagine l’intérêt que la ville pourrait trouver à voir un jour cet immense monument ouvert en permanence au public, au cœur de la ville, pour les visites et pour des manifestations culturelles, mais à l’heure actuelle, aucun projet d’un futur du palais épiscopal n’a été esquissé.

————————————oOo————————————

Je vous invite, en cliquant
ICI
à suivre quelques traces bien incomplètes des émotions que j’ai éprouvées
en pénétrant dans ce lieu impressionnant et désert
en plein centre-ville,
à deux pas de l’agitation du parvis de « Fleur d’eau ».
Ce lieu témoin d’une immense histoire
et de bouleversements incroyables subis en huit siècles d’existence

————— oOo —————

Je remercie Dominique Latron qui m’a autorisé à publier les photos prises lors de mes visites, tous les personnels des archives municipales qui me donnent accès à d’incroyables documents et surtout Pierre Pineau, habitant et amoureux du palais, pour m’avoir guidé dans ces dédales de salles, d’escaliers, de couloirs et jusqu’aux sombres prisons cachées sous des jardins improbables et abandonnés.

——————————————————————————————

(1) Quelques lignes sur le palais épiscopal figurent sur le dépliant « Laissez-vous conter la cathédrale Saint-Maurice » disponible à l’office de tourisme.
(2) Le palais épiscopal n’est pas l’unique objet de ce bail qui porte entre autres sur le transfert des tapisseries de l’Apocalypse…
(3) Bibliothèque municipale cote : Anjou-726-6-CAT

Le centre de notre ville offre actuellement, et pour longtemps encore, un spectacle étonnant.
Nous assistons en direct à un de ces épisodes de bouleversement de la ville comme elle en a connu au cours des siècles passés.


Enfilade rue Chaussée Saint-Pierre , rue Lenepveu

Les Angevins, résignés, ont accepté de naviguer au milieu des engins de chantier, de suivre des itinéraires complexes, d’abandonner leur voiture.
Beaucoup de cyclistes ont, eux aussi, abandonné leur monture en attendant de se voir offrir des voies dignes de ce nom.


Rue d’Alsace

Nos vieilles cités n’ont pas été conçues pour accueillir des flots d’automobiles. Le tramway permettra, il faut l’espérer, d’en refouler une partie par sa présence dissuasive !


Rue de la Roë

La plaque indique « Passage Rochetière – Voie privée ». Heureusement, les piétons sont rarement inquiétés lorsque l’envie leur prend de s’engager dans ces discrets cheminements.
Le quartier lui-même est étrangement calme et comme endormi dans son passé bourgeois du début de XXe siècle et l’uniformité de son architecture. Nous sommes « extra-muros », mais si près du centre ville… La rue Franklin, sinueuse, et la rue du Quinconce, parfaitement rectiligne, qui délimitent le passage, convergent vers la place du Lycée et le « faubourg Bressigny », et ne sont pas inscrites dans les circuits touristiques. Mais les trouvailles, celles que j’affectionne, y sont possibles.

Mais revenons au passage Rochetière… Trois marches à descendre sous un porche au n° 25 de la rue Franklin ! Voila qui interdit l’incursion automobile par cet accès !
Le sol goudronné laisse apparaître des pavés, une rigole centrale canalise, à l’ancienne, les eaux de pluie. Les fils des réseaux de distribution électriques découpent cruellement le ciel.
Sur la gauche, voila certainement les plus anciennes maisons du passage , dont l’une au n° 20 est curieusement inclinée vers l’arrière.

Sur la droite, après quelques pas, apparaît (au n° 17), une haute bâtisse remarquable par l’immense atelier d’artiste de son dernier étage, idéalement orienté au nord. L’atelier est desservi en pignon par un bel escalier extérieur. Pierres de schiste et tuffeau… La maison est parfaitement restaurée, fonctionnelle certes, mais de bon goût. Cette construction tranche avec les autres habitations du passage par son imposante silhouette et cette magnifique verrière… Le rêve pour un artiste.


L’atelier du n° 17

Plus bas (nous descendons en pente douce), le passage devient plus étroit, plus sombre aussi. L’attention est attirée par une large construction à un étage formée de deux corps de bâtiment en pignon encadrant symétriquement un troisième corps plus large. Certaines fenêtres sont murées, d’autres garnies de barreaux. L’enduit des façades se délite ainsi que les encadrements de tuffeau des fenêtres et des portes. Inutile d’appuyer sur le bouton de sonnerie de la large porte d’entrée ! La rouille le rend hors d’usage. Un atelier ou un entrepôt abandonné ? Non… J’entends des rires d’enfants ! Il y a de la vie ici !

On entend à peine les bruits de circulation. On ressent, là encore, cette impression d’être, pour un court instant, hors du temps, loin de l’excitation de la cité.
Au-delà, en se dirigeant vers le débouché sur la rue du Quinconce, l’intérêt est moindre, le passage retrouve un aspect presque résidentiel avec quelques maisons précédées d’une cour arborée, et le haut mur d’une petite résidence.
Le passage continue de l’autre côté de la rue du Quinconce, mais l’accès à l’avenue Jeanne-d’Arc est rendue impossible par une porte verrouillée par les riverains.

_____________________________________

C’est tout ? … Vous êtes probablement déçus !
Mais ne raccrochez pas !
Je vous invite à dépasser
cette première « lecture » du passage Rochetière.
En voila une seconde,
rendue possible par l’Atlas du Patrimoine,
par le pittoresque cadastre napoléonien,
par l’aide précieuse et amicale
des habitants, des documentalistes et archivistes,
et aussi…
par le hasard heureux,
celui qui ne survient que si on le favorise quelque peu…

Suivez le guide !

ICI

De bonnes surprises vous attendent !

Encore un théâtre ! Me direz-vous…
Je m’en explique: Il y a environ trois mois, pendant une de mes rares tentatives de classement de mes vieux clichés noir et blanc, je suis tombé en arrêt devant cette image, datée des années 70, où l’on découvre ce qui ressemble fort à un théâtre miniature, modeste imitation de l’ancien cirque-théâtre de la place Molière (1) et peut-être même de ce théâtre Auber de la rue Saint-Martin dont la courte existence est relatée dans la revue des Amis des Archives.(2)
Après quelques recherches (car j’avais tout oublié des circonstances de cette prise de vue !) j’ai retrouvé ce petit édifice grâce à l’altitude de son lanternon caractéristique que l’on peut apercevoir au-dessus d’un mur de schiste au bas de la rue de l’Aubrière.

La partie basse est maintenant cachée par un préau sans âme, au fond d’une cour asphaltée utilisée comme terrain de sport par le collège Saint-Martin tout proche.

Là encore, la vue prise par satellite de Google Earth nous permet de dégager son plan général: La salle octogonale et l’appendice de l’espace scénique (voir le cirque-théâtre), le tout au contact des locaux du Cercle Notre-Dame (boule de fort). On distingue en haut et à gauche le bâtiment à tourelles du presbytère de l’église Notre-Dame.
Grâce à l’amabilité des dirigeants du Cercle Notre-Dame, que je remercie vivement, j’ai pu effectuer avec eux une visite de ce qui fut (je me le suis fait confirmer) un théâtre paroissial, et je vous en fait profiter !

Sous le préau, le mur du théâtre est resté intact. L’écusson sculpté dans les pierres de tuffeau est toujours là ! On peut y lire, autour de l’écu central aux armes de la paroisse, l’inscription « Aimez-vous les uns les autres » ainsi que la date: 1895. En l’absence totale d’archives paroissiales le concernant (3), il est donc possible de dire que la construction de ce théâtre a précédé d’environ 9 ans ans la construction de l’église actuelle.

La porte franchie, on pénètre dans la salle qui l’on imaginait moins grande. Elle est actuellement utilisée comme salle de tennis de table par le collège Saint-Martin. On aperçoit au fond l’espace jadis occupé par la scène.
Cette salle ne présente pas d’intérêt particulier, mais l’attention est immédiatement attirée par le magnifique puits de lumière du lanternon, véritable bijou mis en valeur par une restauration récente, et qui remplit parfaitement sa fonction de source naturelle d’éclairage

L’ensemble constitué par ce magistral prisme de lumière et ses frêles colonnettes reposant sur les deux poutres principales est d’une élégance extrême.

On remarquera que la base de l’octogone s’inscrit dans un cadre de forme carrée, et les quatre triangles qui viennent compléter ce carré portent des peintures représentant des instruments de musique. Ils seraient, d’après mes guides, les seuls témoins du décor d’origine.

Si je devais trouver une justification à l’existence de ce blog, je prendrais comme exemple la possibilité qui m’a été donnée d’extraire ce petit lieu magique de son discret anonymat. J’espère donc faire d’autres découvertes de ce genre, avec l’aide attendue de mes lecteurs!

(1)Voir ICI la chronique historique de Sylvain Bertoldi.
(2) Revue « Archives d’Anjou » N°10 – 2006 – page 94… Et comme j’aime bien faire de la publicité gratuite lorsque cette dernière est justifiée, je tiens à remercier le magasin « Hyper U » de Mûrs-Erigné qui met régulièrement et courageusement en rayon ( Régionalisme) les différents exemplaires de cette revue.
(3) Le Chanoine Antoine Ruais (Ancien conservateur des objets d’’art et d’’antiquité du Maine-et-Loire) vient de me le confirmer. Une recherche aux archives de l’Evêché pourra peut-être apporter ultérieurement quelques précisions sur l’origine et l’utilisation de ce théâtre.

Dans cette vieille rue du Commerce, qui reliait jadis la place des Halles au port Ayrault, se trouve le magasin « Myrtille », gigantesque temple du tissu, où professionnels et particuliers peuvent trouver la pièce qu’ils recherchent dans le domaine de l’ameublement ou de la confection. Même sans cette motivation, la visite de ce magasin s’impose, ne serait-ce que pour admirer le spectacle des rayonnages colorés étalés dans un dédale surprenant ménagé dans ce qui était jadis un garage automobile (Mercedes je crois ?). Et la surprise vous attend, lorsqu’après avoir parcouru plusieurs salles, vous débouchez dans une halle lumineuse, dont la structure très légère est soutenue par une élégante structure de bois et de métal.

Une restauration récente met en valeur cette structure peinte en rouge.

Tout autour de la halle, court une galerie qui donne à cet espace le caractère d’une salle de spectacle.
Le personnel, questionné, n’hésite pas à vous dire qu’il s’agit là d’un ancien théâtre, assertion confortée par le journal municipal « Vivre à Angers » (1) qui n’hésite pas non plus à écrire: « Rue du Commerce, aller au fond du magasin de tissus Myrtille construit dans un ancien théâtre! « .
Malheureusement, il semble qu’il n’en est rien, et les chercheurs du Service du Patrimoine n’y voient qu’un exemple d’architecture industrielle du début du XXe siècle.
Le fait que ce théâtre soit contigu au théâtre des Halles, celui qui a fait l’objet de mon article « L’adieu au théâtre », a pu contribuer à entrenir la confusion.(2)

(1) Vivre à Angers – 2006 – Angers insolite
(2)Si les lecteurs de ce blog sont détenteurs d’autres renseignements, qu’ils n’hésitent pas à me les communiquer !

Ce fait divers, relevé dans l’édition du 28 juin 1910 du « Petit Courrier », nous rappelle l’existence de l’activité ardoisière d’un secteur d’Angers qui s’étendait de Saint-Serge à la route de Paris.
La mort tragique de cet enfant semble marquer la fin de cette longue histoire, puisque toutes traces de ces carrières seront effacées quelques années plus tard.
Pour tous ceux, qui, comme moi, aiment se promener dans les « vieux fonds » de Trélazé et Saint-Barthélemy, il est facile d’imaginer quel terrain de jeu devait offrir ce grand espace situé au contact du populeux faubourg Saint-Michel!
En ce début de siècle, la prison et les premières maisons de la toute nouvelle rue Terrien-Cocherel dominaient une pente (ou « butte du Pigeon ») faite de débris d’ardoises, résidus des tailles faites par les fendeurs, et parsemée de vestiges des installations d’exploitation; ces dernières, abandonnées déjà depuis près de 50 ans. Si ce territoire avait probablement été entouré d’une clôture, il y avait belle lurette que les enfants en avaient trouvé les failles!
Cette pente menait tout droit à ce qui restait de la grande carrière du Pigeon; laquelle, après avoir atteint une profondeur de 60 mètres, n’était plus qu’un trou boueux, abandonné des pêcheurs. La butte remontait ensuite, en direction de la route de Paris, vers des jardins et l’auberge de la « Porte de Paris », qui était peut-être encore en activité.
Le trou du Pigeon occupait donc l’espace délimité à notre époque par la rue Terrien-Cocherel, la rue Lardin de Musset, et l’avenue Pasteur. La photo suivante, prise depuis l’escalier de secours du foyer-logement Saint-Michel de la rue Lardin de Musset, montre ce qu’est devenu ce quartier, de nos jours, avant le démarrage de l’opération immobilière conduite dans le cadre de la « ZAC Terrien-Cocherel »

On aperçoit, dans la partie centrale, l’enfilade des maisons de la rue Terrien Cocherel, et sur la droite de cette rue, cet ilôt de friche industrielle qui s’étend jusqu’à l’avenue Pasteur toute proche. Les vues plongeantes écrasent les reliefs, mais si vous descendez de ce perchoir et que vous vous placez au carrefour Lardin de Musset-avenue Pasteur, vous aurez une meilleure perception de la dépression marquée de cette zone, bordée au sud par la hauteur sur laquelle s’est construit le faubourg Saint-Michel, et au nord, par la colline du quartier Lutin-Farfadets-Korrigans-Victor Hugo (à l’arrière-plan de la photo).
Le ruisseau de Jérusalem, maintenant canalisé, empruntait le fond de cette dépression.

Vous trouverez d’autres renseignements sur ces carrières et sur le destin programmé de ce quartier en cliquant ICI

Mais avant de tourner cette page, écoutez l’abbé Pineau, futur curé de Saint-Antoine, au lendemain de la mort du petit Louis Chagnon:
« GRAND MALHEUR!
Mon enfant de choeur, Albert Chagnon (1), 19, chemin de Jerusalem, se noye par accident dans le trou du Pré-Pigeon, entre la rue de Paris et la rue Lardin de Musset. L’enfant avait douze ans; il était extrêmement doux, et d’une profonde piété.
On aurait pu espérer l’envoyer un jour au petit séminaire. Les desseins de Dieu sont impénétrables!!! Cet enfant, par son bon genre, avait gagné la sympathie de tout le quartier, même de ceux qui ne fréquentent pas l’église. « 

(1) Albert? Louis? Il s’agit bien du même enfant. On peut penser que le journaliste a fait l’erreur…

La rue Valdemaine, depuis le carrefour très fréquenté Poëliers-Bodinier-Saint-Laud, n’offre guère d’attraits; et j’admire le courage de cette femme, avec laquelle j’aimais bavarder, qui a essayé pendant plusieurs mois d’y faire vivre une petite boutique de disques d’occasion avant de baisser les bras et le rideau!
L’impasse des Petits-Pères (3) s’ouvre discrètement sur cette rue, quelques dizaines de mètres après ce carrefour. Etroite et peu engageante (Il faut se plaquer contre les murs si une voiture s’y engage!), elle descend en pente douce, bordée à gauche par les vestiges d’une maisons à colombages et à droite par les murs très laids garnis de baies qui appartiennent aux dépendances des magasins de la rue des Poëliers.
Un tuyau crache des vapeurs au-dessus de votre tête et la seule note un peu optimiste et colorée est celle fournie par un « tag » qui annonce d’une façon très convaincante: « Le monde est à nous! ».
La cour qui termine le parcours est plus large et tristement garnie de garages à voitures. Des immeubles assez récents en ferment la perspective.
Les « Petits-Pères »? Qui étaient-ils?… Dans l’espace délimité par l’impasse, la rue Valdemaine et la rue Parcheminerie, s’élevait jadis l’un des hôtels les plus beaux et les plus vastes de la ville d’Angers: L’Hôtel Poyet des Granges. Il fût mis à la disposition des prêtres de la « Congrégation de la Mission » (ou prêtres « Lazaristes » de Saint Vincent de Paul) en 1674 par sa propriétaire, Mademoiselle de la Grandière Cornuau. Cette communauté y résida depuis cette date, jusqu’à la Révolution.
Cet Hôtel, dont l’architecte n’était autre que Jean Delespine (2) a pratiquement disparu, mais je vous convie à faire un très grand effort d’imagination! Parvenu dans la cour, retournez-vous et levez les yeux.

Malgré les bouleversements qu’a connus l’ensemble du site, vous pourrez remarquer les vestiges d’un grand toit dans lequel s’encastrent d’autres corps de logis, le tout sauvagement modifié et ravalé! En ressortant dans la rue Valdemaine et en vous plaçant en face des bâtiments de l’école maternelle, vous apercevrez de nouveau ce toit sous un autre angle, et, lui faisant face, de l’autre côté de l’école, d’autres traces d’un pignon de l’Hôtel, imprimées dans un grand mur, à une hauteur qui laisse imaginer l’importance de la construction disparue.

Et l’on se risque à lancer dans l’espace des lignes imaginaires pour reconstituer désespérément ce qui était peut-être aussi beau que l’hôtel Pincé!

Si j’ai réussi à piquer un peu votre curiosité, vous trouverez ICI un complément d’informations sur l’installation de ces Petits Pères à Angers.

(1) Consultable aux Archives Municipales.
(2) Voir la fiche intéressante publiée ICI par le Conseil Général (On y retrouve la plume d’Olivier Biguet et Dominique Letellier!)
(3) D »après le recensement de population de 1769 (1), l’impasse des Petits-Pères portait aussi le nom d’impasse des « Basse-Bretons »… Allez savoir pourquoi ?

Ce n’est que la page d’accueil d’un article exceptionnellement long!
Je ne serai pas coutumier du fait, car un blog n’est pas conçu pour s’étaler ainsi sur un sujet… Je dois vous en donner la raison:
Elle aura bientôt 100 ans!
C’est l’église la plus cachée, la plus discrète et probablement la plus mystérieuse de notre ville. Malgré sa masse imposante d’ église du Nord (1), elle ne se découvre que furtivement entre les immeubles modernes qui l’entourent lorsqu’on parcourt les rues adjacentes, et même son étrange et terrible façade peut passer inaperçue depuis la rue Béranger, à l’arrière-plan d’un parvis arboré.
Il faut grimper les six étages d’un immeuble voisin, pour la voir apparaître « en majesté », avec ses belles alternances de pierres sombres et blanches et l’imposante cohorte de ses arcs-boutants.

Depuis longtemps j’avais envie d’en savoir plus sur l’origine de cette église et des circonstances qui l’ont privée de sa nef, remplacée par cette triste prothèse qui ferme le transept.
Puis enfin, mu par cette curiosité, je suis allé frapper à la porte du presbytère tout proche.
C’était il y a plus d’un mois… Depuis lors, j’ai fait deux rencontres:
Celle d’un diacre de cette paroisse, qui m’a aussitôt accordé sa confiance et son amitié. Avec lui nous avons parcouru les archives de la paroisse et son aide m’a été précieuse tout au long de mes recherches.
Puis celle de Léon Pineau, premier curé de Saint-Antoine, mort en 1930. La lecture du journal de ce prêtre ne nous a pas laissés indemnes… Une plongée inattendue, terriblement émouvante, dans la vie d’un prêtre pendant la courte période de 5 ans qui a couvert la construction et les premiers mois d’existence de l’église.

Je suis un catholique, non pratiquant, dont la foi s’est diluée au cours des ans. Mais j’ai gardé un profond respect pour ces hommes et ces femmes que la foi anime. J’ai trouvé dans les lignes soigneusement calligraphiées de l’abbé Pineau, une humanité tellement forte et réelle, que ma quête de la vérité sur le sens de cette lourde masse de pierre s’en est trouvé recentrée et justifiée.
Un blog est un espace peu adapté pour accueillir ne serait-ce qu’une partie de ce que j’ai appris sur la naissance de l’église Saint-Antoine. Mais cela me contraindra à la sobriété et à renvoyer souvent le lecteur sur la consultation des archives.

Enfin, je n’oublie pas que Saint-Antoine ne se réduit pas à une église, mais intègre toute une communauté de prêtres, laïcs et fidèles qui la font vivre depuis 1911 (2). J’espère donc que les faits rapportés et les réflexions personnelles que je publierai ici ne seront jamais de nature à offusquer cette communauté ou à troubler l’esprit qui l’anime.

Genèse et Réalisation de l’eglise Saint-Antoine… Cliquez ICI

(1) C’est ainsi que la décrit l’Atlas du Patrimoine
(2) Il est important de préciser que désormais Saint-Serge, Saint-Antoine et N.D. de la Miséricorde forment une seule et même paroisse sous la dénomination « Paroisse Saint-Antoine – Saint-Serge ».

Avec l’aimable permission de Monsieur Christophe de Guisti propriétaire du lieu, je suis allé, le 15 janvier 2009, en piétinant dans la boue, prendre quelques photos de ces murs de tuffeau meurtris par les siècles. Ils venaient de perdre la protection de leur toiture, en attendant de disparaître totalement pour laisser place à projet immobilier. Mais quelques jours plus tard, Monsieur de Guisti me confiait une série de belles photographies prises avant la disparition de la charpente, et je l’en remercie vivement!

Nous sommes au coeur de l’ancien quartier des halles, au bas de la place du même nom (Maintenant place Imbach), entre la rue du Commerce et le boulevard Carnot.

Il est difficile d’imaginer que ces murs ont accueilli, depuis le XVIe siècle, le jeu de paume dit « Le grand jeu des halles », puis, à partir de 1763, la « Salle de la Comédie », haut-lieu de l’activité théâtrale de notre ville jusqu’en 1825, année de l’inauguration du premier théâtre de la place du Ralliement.
Comme aujourd’hui, on y accédait par le fond de l’ Impasse de la Comédie (1).


La salle avant disparition de la charpente

L’historien Péan de la Tuilerie, vers 1778, écrivit: « … C’est une des salles de province très agréable et fort commode; elle a été peinte par le célèbre Dubois; le plafond en est superbe. » et dans ses « Chroniques historiques » (2), Sylvain Bertoldi nous conte ce que furent les plus brillantes heures de ce théâtre, mais aussi son lamentable état au début du XIXe siècle!

Le ciel était gris, l’air froid et humide, mais seul dans cet espace qui allait mourir définitivement, je croyais voir passer avec émotion des fantômes merveilleusement costumés…


l’entrée au fond de l’impasse de la Comédie

Si vous désirez en savoir un peu plus… Voir ICI

Important:
Pour la rédaction de cet article, j’ai emprunté une part infime du remarquable travail réalisé par l’équipe qui oeuvre au sein du service de l’ « Inventaire général du Patrimoine » . Ce service a déjà publié une base de données pour Angers « extra-muros » et est sur le point de le faire pour l’ensemble, bien plus important, du patrimoine d’ Angers « intra-muros ». Souhaitons que la municipalité comprenne l’intérêt de cette publication pour tous les amoureux de notre ville!

(1) Vous ne saviez pas que cette courte impasse, située au bas et à droite de la place Imbach, portait ce nom. Comme vous ne saviez pas que l’impasse située 50 mètres plus haut, portait le nom de l’Impasse Louet ! La municipalité ne faisant guère d’effort pour garder apparent le nom de ces vieilles ruelles!
(2) « La vie théâtrale à Angers – Acte I » (Vivre à Angers – octobre 1996)

Page Suivante »