Histoire


Encore un théâtre ! Me direz-vous…
Je m’en explique: Il y a environ trois mois, pendant une de mes rares tentatives de classement de mes vieux clichés noir et blanc, je suis tombé en arrêt devant cette image, datée des années 70, où l’on découvre ce qui ressemble fort à un théâtre miniature, modeste imitation de l’ancien cirque-théâtre de la place Molière (1) et peut-être même de ce théâtre Auber de la rue Saint-Martin dont la courte existence est relatée dans la revue des Amis des Archives.(2)
Après quelques recherches (car j’avais tout oublié des circonstances de cette prise de vue !) j’ai retrouvé ce petit édifice grâce à l’altitude de son lanternon caractéristique que l’on peut apercevoir au-dessus d’un mur de schiste au bas de la rue de l’Aubrière.

La partie basse est maintenant cachée par un préau sans âme, au fond d’une cour asphaltée utilisée comme terrain de sport par le collège Saint-Martin tout proche.

Là encore, la vue prise par satellite de Google Earth nous permet de dégager son plan général: La salle octogonale et l’appendice de l’espace scénique (voir le cirque-théâtre), le tout au contact des locaux du Cercle Notre-Dame (boule de fort). On distingue en haut et à gauche le bâtiment à tourelles du presbytère de l’église Notre-Dame.
Grâce à l’amabilité des dirigeants du Cercle Notre-Dame, que je remercie vivement, j’ai pu effectuer avec eux une visite de ce qui fut (je me le suis fait confirmer) un théâtre paroissial, et je vous en fait profiter !

Sous le préau, le mur du théâtre est resté intact. L’écusson sculpté dans les pierres de tuffeau est toujours là ! On peut y lire, autour de l’écu central aux armes de la paroisse, l’inscription « Aimez-vous les uns les autres » ainsi que la date: 1895. En l’absence totale d’archives paroissiales le concernant (3), il est donc possible de dire que la construction de ce théâtre a précédé d’environ 9 ans ans la construction de l’église actuelle.

La porte franchie, on pénètre dans la salle qui l’on imaginait moins grande. Elle est actuellement utilisée comme salle de tennis de table par le collège Saint-Martin. On aperçoit au fond l’espace jadis occupé par la scène.
Cette salle ne présente pas d’intérêt particulier, mais l’attention est immédiatement attirée par le magnifique puits de lumière du lanternon, véritable bijou mis en valeur par une restauration récente, et qui remplit parfaitement sa fonction de source naturelle d’éclairage

L’ensemble constitué par ce magistral prisme de lumière et ses frêles colonnettes reposant sur les deux poutres principales est d’une élégance extrême.

On remarquera que la base de l’octogone s’inscrit dans un cadre de forme carrée, et les quatre triangles qui viennent compléter ce carré portent des peintures représentant des instruments de musique. Ils seraient, d’après mes guides, les seuls témoins du décor d’origine.

Si je devais trouver une justification à l’existence de ce blog, je prendrais comme exemple la possibilité qui m’a été donnée d’extraire ce petit lieu magique de son discret anonymat. J’espère donc faire d’autres découvertes de ce genre, avec l’aide attendue de mes lecteurs!

(1)Voir ICI la chronique historique de Sylvain Bertoldi
(2) Revue « Archives d’Anjou » N°10 – 2006 – page 94… Et comme j’aime bien faire de la publicité gratuite lorsque cette dernière est justifiée, je tiens à remercier le magasin « Hyper U » de Mûrs-Erigné qui met régulièrement et courageusement en rayon ( Régionalisme) les différents exemplaires de cette revue.
(3) Le Chanoine Antoine Ruais (Ancien conservateur des objets d’’art et d’’antiquité du Maine-et-Loire) vient de me le confirmer. Une recherche aux archives de l’Evêché pourra peut-être apporter ultérieurement quelques précisions sur l’origine et l’utilisation de ce théâtre.

Dans cette vieille rue du Commerce, qui reliait jadis la place des Halles au port Ayrault, se trouve le magasin « Myrtille », gigantesque temple du tissu, où professionnels et particuliers peuvent trouver la pièce qu’ils recherchent dans le domaine de l’ameublement ou de la confection. Même sans cette motivation, la visite de ce magasin s’impose, ne serait-ce que pour admirer le spectacle des rayonnages colorés étalés dans un dédale surprenant ménagé dans ce qui était jadis un garage automobile (Mercedes je crois ?). Et la surprise vous attend, lorsqu’après avoir parcouru plusieurs salles, vous débouchez dans une halle lumineuse, dont la structure très légère est soutenue par une élégante structure de bois et de métal.

Une restauration récente met en valeur cette structure peinte en rouge.

Tout autour de la halle, court une galerie qui donne à cet espace le caractère d’une salle de spectacle.
Le personnel, questionné, n’hésite pas à vous dire qu’il s’agit là d’un ancien théâtre, assertion confortée par le journal municipal « Vivre à Angers » (1) qui n’hésite pas non plus à écrire: « Rue du Commerce, aller au fond du magasin de tissus Myrtille construit dans un ancien théâtre! « .
Malheureusement, il semble qu’il n’en est rien, et les chercheurs du Service du Patrimoine n’y voient qu’un exemple d’architecture industrielle du début du XXe siècle.
Le fait que ce théâtre soit contigu au théâtre des Halles, celui qui a fait l’objet de mon article « L’adieu au théâtre », a pu contribuer à entrenir la confusion.(2)

(1) Vivre à Angers – 2006 – Angers insolite
(2)Si les lecteurs de ce blog sont détenteurs d’autres renseignements, qu’ils n’hésitent pas à me les communiquer !

Ce fait divers, relevé dans l’édition du 28 juin 1910 du « Petit Courrier », nous rappelle l’existence de l’activité ardoisière d’un secteur d’Angers qui s’étendait de Saint-Serge à la route de Paris.
La mort tragique de cet enfant semble marquer la fin de cette longue histoire, puisque toutes traces de ces carrières seront effacées quelques années plus tard.
Pour tous ceux, qui, comme moi, aiment se promener dans les « vieux fonds » de Trélazé et Saint-Barthélemy, il est facile d’imaginer quel terrain de jeu devait offrir ce grand espace situé au contact du populeux faubourg Saint-Michel!
En ce début de siècle, la prison et les premières maisons de la toute nouvelle rue Terrien-Cocherel dominaient une pente (ou « butte du Pigeon ») faite de débris d’ardoises, résidus des tailles faites par les fendeurs, et parsemée de vestiges des installations d’exploitation; ces dernières, abandonnées déjà depuis près de 50 ans. Si ce territoire avait probablement été entouré d’une clôture, il y avait belle lurette que les enfants en avaient trouvé les failles!
Cette pente menait tout droit à ce qui restait de la grande carrière du Pigeon; laquelle, après avoir atteint une profondeur de 60 mètres, n’était plus qu’un trou boueux, abandonné des pêcheurs. La butte remontait ensuite, en direction de la route de Paris, vers des jardins et l’auberge de la « Porte de Paris », qui était peut-être encore en activité.
Le trou du Pigeon occupait donc l’espace délimité à notre époque par la rue Terrien-Cocherel, la rue Lardin de Musset, et l’avenue Pasteur. La photo suivante, prise depuis l’escalier de secours du foyer-logement Saint-Michel de la rue Lardin de Musset, montre ce qu’est devenu ce quartier, de nos jours, avant le démarrage de l’opération immobilière conduite dans le cadre de la « ZAC Terrien-Cocherel »

On aperçoit, dans la partie centrale, l’enfilade des maisons de la rue Terrien Cocherel, et sur la droite de cette rue, cet ilôt de friche industrielle qui s’étend jusqu’à l’avenue Pasteur toute proche. Les vues plongeantes écrasent les reliefs, mais si vous descendez de ce perchoir et que vous vous placez au carrefour Lardin de Musset-avenue Pasteur, vous aurez une meilleure perception de la dépression marquée de cette zone, bordée au sud par la hauteur sur laquelle s’est construit le faubourg Saint-Michel, et au nord, par la colline du quartier Lutin-Farfadets-Korrigans-Victor Hugo (à l’arrière-plan de la photo).
Le ruisseau de Jérusalem, maintenant canalisé, empruntait le fond de cette dépression.

Vous trouverez d’autres renseignements sur ces carrières et sur le destin programmé de ce quartier en cliquant ICI.

Mais avant de tourner cette page, écoutez l’abbé Pineau, futur curé de Saint-Antoine, au lendemain de la mort du petit Louis Chagnon:
« GRAND MALHEUR!
Mon enfant de choeur, Albert Chagnon (1), 19, chemin de Jerusalem, se noye par accident dans le trou du Pré-Pigeon, entre la rue de Paris et la rue Lardin de Musset. L’enfant avait douze ans; il était extrêmement doux, et d’une profonde piété.
On aurait pu espérer l’envoyer un jour au petit séminaire. Les desseins de Dieu sont impénétrables!!! Cet enfant, par son bon genre, avait gagné la sympathie de tout le quartier, même de ceux qui ne fréquentent pas l’église. « 

(1) Albert? Louis? Il s’agit bien du même enfant. On peut penser que le journaliste a fait l’erreur…

La rue Valdemaine, depuis le carrefour très fréquenté Poëliers-Bodinier-Saint-Laud, n’offre guère d’attraits; et j’admire le courage de cette femme, avec laquelle j’aimais bavarder, qui a essayé pendant plusieurs mois d’y faire vivre une petite boutique de disques d’occasion avant de baisser les bras et le rideau!
L’impasse des Petits-Pères (3) s’ouvre discrètement sur cette rue, quelques dizaines de mètres après ce carrefour. Etroite et peu engageante (Il faut se plaquer contre les murs si une voiture s’y engage!), elle descend en pente douce, bordée à gauche par les vestiges d’une maisons à colombages et à droite par les murs très laids garnis de baies qui appartiennent aux dépendances des magasins de la rue des Poëliers.
Un tuyau crache des vapeurs au-dessus de votre tête et la seule note un peu optimiste et colorée est celle fournie par un « tag » qui annonce d’une façon très convaincante: « Le monde est à nous! ».
La cour qui termine le parcours est plus large et tristement garnie de garages à voitures. Des immeubles assez récents en ferment la perspective.
Les « Petits-Pères »? Qui étaient-ils?… Dans l’espace délimité par l’impasse, la rue Valdemaine et la rue Parcheminerie, s’élevait jadis l’un des hôtels les plus beaux et les plus vastes de la ville d’Angers: L’Hôtel Poyet des Granges. Il fût mis à la disposition des prêtres de la « Congrégation de la Mission » (ou prêtres « Lazaristes » de Saint Vincent de Paul) en 1674 par sa propriétaire, Mademoiselle de la Grandière Cornuau. Cette communauté y résida depuis cette date, jusqu’à la Révolution.
Cet Hôtel, dont l’architecte n’était autre que Jean Delespine (2) a pratiquement disparu, mais je vous convie à faire un très grand effort d’imagination! Parvenu dans la cour, retournez-vous et levez les yeux.

Malgré les bouleversements qu’a connus l’ensemble du site, vous pourrez remarquer les vestiges d’un grand toit dans lequel s’encastrent d’autres corps de logis, le tout sauvagement modifié et ravalé! En ressortant dans la rue Valdemaine et en vous plaçant en face des bâtiments de l’école maternelle, vous apercevrez de nouveau ce toit sous un autre angle, et, lui faisant face, de l’autre côté de l’école, d’autres traces d’un pignon de l’Hôtel, imprimées dans un grand mur, à une hauteur qui laisse imaginer l’importance de la construction disparue.

Et l’on se risque à lancer dans l’espace des lignes imaginaires pour reconstituer désespérément ce qui était peut-être aussi beau que l’hôtel Pincé!

Si j’ai réussi à piquer un peu votre curiosité, vous trouverez ICI un complément d’informations sur l’installation de ces Petits Pères à Angers.

(1) Consultable aux Archives Municipales.
(2) Voir la fiche intéressante publiée ICI par le Conseil Général (On y retrouve la plume d’Olivier Biguet et Dominique Letellier!)
(3) D »après le recensement de population de 1769 (1), l’impasse des Petits-Pères portait aussi le nom d’impasse des « Basse-Bretons »… Allez savoir pourquoi ?

Ce n’est que la page d’accueil d’un article exceptionnellement long!
Je ne serai pas coutumier du fait, car un blog n’est pas conçu pour s’étaler ainsi sur un sujet… Je dois vous en donner la raison:
Elle aura bientôt 100 ans!
C’est l’église la plus cachée, la plus discrète et probablement la plus mystérieuse de notre ville. Malgré sa masse imposante d’ église du Nord (1), elle ne se découvre que furtivement entre les immeubles modernes qui l’entourent lorsqu’on parcourt les rues adjacentes, et même son étrange et terrible façade peut passer inaperçue depuis la rue Béranger, à l’arrière-plan d’un parvis arboré.
Il faut grimper les six étages d’un immeuble voisin, pour la voir apparaître « en majesté », avec ses belles alternances de pierres sombres et blanches et l’imposante cohorte de ses arcs-boutants.

Depuis longtemps j’avais envie d’en savoir plus sur l’origine de cette église et des circonstances qui l’ont privée de sa nef, remplacée par cette triste prothèse qui ferme le transept.
Puis enfin, mu par cette curiosité, je suis allé frapper à la porte du presbytère tout proche.
C’était il y a plus d’un mois… Depuis lors, j’ai fait deux rencontres:
Celle d’un diacre de cette paroisse, qui m’a aussitôt accordé sa confiance et son amitié. Avec lui nous avons parcouru les archives de la paroisse et son aide m’a été précieuse tout au long de mes recherches.
Puis celle de Léon Pineau, premier curé de Saint-Antoine, mort en 1930. La lecture du journal de ce prêtre ne nous a pas laissés indemnes… Une plongée inattendue, terriblement émouvante, dans la vie d’un prêtre pendant la courte période de 5 ans qui a couvert la construction et les premiers mois d’existence de l’église.

Je suis un catholique, non pratiquant, dont la foi s’est diluée au cours des ans. Mais j’ai gardé un profond respect pour ces hommes et ces femmes que la foi anime. J’ai trouvé dans les lignes soigneusement calligraphiées de l’abbé Pineau, une humanité tellement forte et réelle, que ma quête de la vérité sur le sens de cette lourde masse de pierre s’en est trouvé recentrée et justifiée.
Un blog est un espace peu adapté pour accueillir ne serait-ce qu’une partie de ce que j’ai appris sur la naissance de l’église Saint-Antoine. Mais cela me contraindra à la sobriété et à renvoyer souvent le lecteur sur la consultation des archives.

Enfin, je n’oublie pas que Saint-Antoine ne se réduit pas à une église, mais intègre toute une communauté de prêtres, laïcs et fidèles qui la font vivre depuis 1911 (2). J’espère donc que les faits rapportés et les réflexions personnelles que je publierai ici ne seront jamais de nature à offusquer cette communauté ou à troubler l’esprit qui l’anime.

Genèse et Réalisation de l’eglise Saint-Antoine… Cliquez ICI

(1) C’est ainsi que la décrit l’Atlas du Patrimoine
(2) Il est important de préciser que désormais Saint-Serge, Saint-Antoine et N.D. de la Miséricorde forment une seule et même paroisse sous la dénomination « Paroisse Saint-Antoine – Saint-Serge ».

Avec l’aimable permission de Monsieur Christophe de Guisti propriétaire du lieu, je suis allé, le 15 janvier 2009, en piétinant dans la boue, prendre quelques photos de ces murs de tuffeau meurtris par les siècles. Ils venaient de perdre la protection de leur toiture, en attendant de disparaître totalement pour laisser place à projet immobilier. Mais quelques jours plus tard, Monsieur de Guisti me confiait une série de belles photographies prises avant la disparition de la charpente, et je l’en remercie vivement!

Nous sommes au coeur de l’ancien quartier des halles, au bas de la place du même nom (Maintenant place Imbach), entre la rue du Commerce et le boulevard Carnot.

Il est difficile d’imaginer que ces murs ont accueilli, depuis le XVIe siècle, le jeu de paume dit « Le grand jeu des halles », puis, à partir de 1763, la « Salle de la Comédie », haut-lieu de l’activité théâtrale de notre ville jusqu’en 1825, année de l’inauguration du premier théâtre de la place du Ralliement.
Comme aujourd’hui, on y accédait par le fond de l’ Impasse de la Comédie (1).


La salle avant disparition de la charpente

L’historien Péan de la Tuilerie, vers 1778, écrivit: « … C’est une des salles de province très agréable et fort commode; elle a été peinte par le célèbre Dubois; le plafond en est superbe. » et dans ses « Chroniques historiques » (2), Sylvain Bertoldi nous conte ce que furent les plus brillantes heures de ce théâtre, mais aussi son lamentable état au début du XIXe siècle!

Le ciel était gris, l’air froid et humide, mais seul dans cet espace qui allait mourir définitivement, je croyais voir passer avec émotion des fantômes merveilleusement costumés…


l’entrée au fond de l’impasse de la Comédie

Si vous désirez en savoir un peu plus… Cliquez ICI

Important:
Pour la rédaction de cet article, j’ai emprunté une part infime du remarquable travail réalisé par l’équipe qui oeuvre au sein du service de l’ « Inventaire général du Patrimoine » . Ce service a déjà publié une base de données pour Angers « extra-muros » et est sur le point de le faire pour l’ensemble, bien plus important, du patrimoine d’ Angers « intra-muros ». Souhaitons que la municipalité comprenne l’intérêt de cette publication pour tous les amoureux de notre ville!

(1) Vous ne saviez pas que cette courte impasse, située au bas et à droite de la place Imbach, portait ce nom. Comme vous ne saviez pas que l’impasse située 50 mètres plus haut, portait le nom de l’Impasse Louet ! La municipalité ne faisant guère d’effort pour garder apparent le nom de ces vieilles ruelles!
(2) « La vie théâtrale à Angers – Acte I » (Vivre à Angers – octobre 1996)

Si vous honorez ce blog de visites régulières, vous découvrirez vite que je porte une affection particulière pour ce quartier et son histoire, et ceci pour diverses raisons:
– Je parcours le boulevard Saint-Michel tous les jours, soit pour gagner le centre-ville, soit tout simplement pour acheter le bon pain croustillant de la Boulangerie des Plantes et mon quotidien habituel.
– J’y croise une population attachante par sa diversité, des groupes de retraités en grande discussion, des femmes de couleur aux vêtements éclatants et leurs beaux enfants soigneusement coiffés, et, malheureusement, beaucoup de SDF…
– Je m’intéresse à l’histoire de ce faubourg, et à celle de ses habitants, depuis ses origines en passant par l’épisode des « Perreyeux » employés dans les carrières voisines du Pigeon ou de Bouillou, et celui de l’ère « Bessonneau ».

Il ne reste guère de traces de l’ancien faubourg depuis la démolition de la totalité de cet ilôt misérable et insalubre dans les années 60, qui ont vu également la disparition des quartiers Saint-Sanson, Saint-Nicolas, Port-Ligny et République.

Tous les Angevins devraient aller voir la remarquable exposition de la salle Chemellier consacrée au centenaire du bureau municipal d’hygiène (2). Une iconographie remarquable permet de se faire une idée de l’état de ces quartiers avant le passage des engins de chantiers.
On ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine amertume en songeant que l’on raye aussi facilement, brutalement et définitivement les témoins du cadre de vie d’une population pauvre et laborieuse alors que l’on consacre d’importants budgets à la sauvegarde des témoins de la vie seigneuriale, bourgeoise et religieuse.
On peut concevoir qu’il était financièrement impossible de rénover et d’assainir de tels ilôts qui faisaient depuis longtemps la honte de notre ville! Mais je suis persuadé qu’il aurait été possible de conserver des secteurs témoins de cet habitat et de la vie sociale qu’ils abritaient! La vie troglodytique de nos campagnes a été mieux traitée !
Il ne reste que des cartes postales comme celle que vous voyez ci-dessus (que l’on peut dater approximativement, puisque le tram a gagné le boulevard Saint-Michel en 1896), où l’on montre invariablement la voie principale, car on occulte volontairement la misère des nombreuses « cours » intérieures, où les angevins craignaient de s’aventurer.
Les deux images qui suivent, prises dans les années 1950 et issues d’une mauvaise photocopie, illustrent bien mieux mon propos. J’aimerais trouver d’autres images tout aussi simples et émouvantes, mais elles sont si rares!(1)
Mon nouvel ami Yves Raimbault, diacre de Saint-Antoine, qui a connu le vieux Saint-Michel, m’en donne une terrible raison: « … Les gens qui vivaient là avaient tellement honte de leur misère… »

(1) Je n’ai pas encore fait de recherche minutieuse auprès des archives photographiques de la ville. Mais il me sera probablement difficile d’obtenir l’autorisation de publier ici les documents que je pourrais y découvir! J’espère que les visiteurs de ce blog m’aideront à trouver d’autres témoignages personnels (textes ou photographies) du vieux faubourg Saint-Michel.
(2) Elle se termine le 11 janvier 2009.