LE « PALAIS DU TAU » ET SES MERVEILLES

Le palais épiscopal a jadis été appelé le « Palais du Tau » en se référant ainsi à la forme en T (Tau est le T grec…) du palais construit au XIIe siècle. Le palais actuel, malgré les importantes modifications qu’il a subies au cours des siècles, a gardé cette forme que l’on peut apprécier sur la vue Google Earth ci-dessous.

La jambe (oblique) du tau abrite la grande salle synodale, partiellement amputée lors de la construction du transept (en vert) de la cathédrale au XIIIe siècle. L’aile perpendiculaire (en rouge) est l’aile « moderne » construite entre 1861 et 1874, lors du dernier bouleversement architectural du palais. La forme carrée accolée au bas de la salle synodale est le toit de l’escalier dit « de Rohan », du nom de l’évêque qui le fit construire au XVIe siècle.


La salle synodale et les « salons » du 1er étage de la barre supérieure du Tau ouvrant sur la rue de l’Oisellerie abritent un ensemble de chapiteaux sculptés, surmontant des colonnes basses, qui constituent un véritable trésor artistique miraculeusement préservé depuis le XIIe siècle. La plupart de ces chapitaux furent redécouverts en 1862, lorsqu’ils furent dégagés des boiseries et enduits qui les cachaient depuis le XVIIe siècle !

Œuvres d’artistes anonymes, illustrant les récits des Écritures, elles sont d’une vérité et d’une fraîcheur incomparables. Elles mériteraient, à elles seules, de faire l’objet d’un document descriptif.

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LE JARDIN OUBLIÉ

Après avoir dégringolé un petit escalier sous l’un des salons du 1er étage, on a la surprise de déboucher dans cette étonnante cour, jadis ornée de massifs de fleurs et maintenant apparemment abandonnée. A droite, l’aile de la salle synodale ; à gauche, les modestes bâtiments de service construits au contact de l’ancien « mur de ville », et en face, cette vue surprenante, impressionnante, sur la face nord de la cathédrale et la rosace du transept. Un endroit désert, silencieux, hors du temps.(2)

Longeant la muraille de la salle synodale, une curieuse tranchée ou « saut de loup » est accessible par un escalier de quelques marches et s’enfonce sous le niveau du sol en direction de la cathédrale.
Elle conduit à un ancien cachot de la prison du palais, mais surtout à un puits, aujourd’hui inaccessible, utilisé par les cuisines du palais. Le parcours se termine contre une porte, communiquant avec l’ « escalier de Rohan », sur l’ancienne cour d’honneur de la rue de l’Évêché (actuellement rue du Chanoine-Urseau).

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LE PALAIS ET LE QUARTIER DE L’OISELLERIE AVANT 1855

Pourquoi avant 1855 ?

Parce que cette date marque le début des destructions des maisons qui entouraient le palais épiscopal !

Cet extrait du cadastre napoléonien (avant 1840) montre à quel point le palais épiscopal était enserré dans l’ensemble de maisons qui le bordaient sur les rues de l’Oisellerie, de l’Évêché, et la rue Neuve (actuelle rue Montault). L’aile moderne n’existait pas et sur la place d’honneur actuelle se pressaient des halles de boucherie et diverses officines construites à moins de deux mètres des fenêtres du palais !


Arch. départ. du Maine et Loire – Feuillet J(Unique du sud) – plan napoléonien

Deux remarquables dessins, de factures différentes, permettent d’imaginer la physionomie du quartier à cette époque :

Le premier est un dessin (1) de Berthe, non daté, qui peut paraître sommaire, mais qui, à l’examen, fournit des indications très précises à la fois sur l’état de la façade nord du palais avant la grande restauration des années 1860, et sur l’environnement de boutiques et étals de bouchers, donnant sur la place Neuve (rue Montault). Louis de Farcy évoque cette halle de boucherie (le grand toit noir) qui s’ouvre sur la place Neuve pour déboucher à l’autre extrémité sur la rue de l’Évêché.


La place Neuve (rue Montault) avant 1850 ?
Dessin de Berthe – Manuscrit- Bibliothèque Municipale – 1029(896) et 1030(897)

Le second dessin, de Vetault, d’une précision photographique, nous plonge dans la perspective qui s’offrait au passant montant la rue Baudrière à la même époque. En face de lui, la rue de l’Oisellerie. La grande maison surmonte le Café Pinot; elle occupe l’espace occupé actuellement par l’aile « moderne » du palais épiscopal. En face, sur le trottoir de gauche, les maisons qui subsistent de nos jours (Un clin d’œil à Frédéric Flon !).
La rue de l’Oisellerie était plus étroite que la rue actuelle et le palais épiscopal était pratiquement invisible de la rue.
A droite s’ouvre la rue de l’Évêché (rue du Chanoine-Urseau). La boucherie Guy Giffard fait face au Café Pinot.


Dessin de Vetault (vers 1840 ?) Arch. mun. Angers – 3 Fi 242

Acceptant enfin de prendre en compte les plaintes de l’évêque Angebault, le ministère publia le 10 mai 1855 un décret autorisant l’achat et la destruction des maisons au contact de l’évêché.

Le dessin (3) ci-dessous, montre l’état du site après destruction des maisons sur la rue Neuve et la rue de l’Oisellerie. Tout est prêt pour la grande restauration du XIXe siècle.
Tout le soubassement du palais, percé seulement de quelques ouvertures, est en fait la muraille de l’enceinte du Ve siècle sur laquelle a été bâti le palais du XIIe siècle.


Le palais depuis la rue de l’Oisellerie vers 1860
Dessin de Louis Moullin – Arch. Dép. de Maine-et-Loire

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(1) Ce dessin a été reproduit dans « Angers à travers les siècles » du chanoine Guéry (Siraudeau-1903 – Arch. Mun. in 4° 145 ) et dans « L’Anjou et ses monuments » de Godard-Faultrier (Tome I – page 178)
(2) Olivier Biguet et Dominique Letellier, en parlant de ce jardin, évoquent « … un jeu de volumes subtil et déconcertant, dans une ambiance sereine et discrète ».
(3) Ce dessin figure également dans « Angers à travers les siècles » du chanoine Guéry. Cet ouvrage (Siraudeau – 1913) est consultable aux archives municipales, mais je signale que j’en ai trouvé un exemplaire en excellent état (réédition de 1979) pour 30 euros sur PriceMinister !)