Pour les personnes s’intéressant à l’histoire des ardoisières d’Angers, je ne peux que leur conseiller la lecture de l’ouvrage fort bien documenté de Monsieur Furcy Soulez-Larivière : « LES ARDOISIÈRES D’ANGERS ». Cet ouvrage remarquable n’est, hélas, plus édité, mais on peut le consulter en bibliothèque et il est encore possible de le trouver d’occasion sur Internet à un prix raisonnable. Cet ouvrage offre un très grand nombre de références fort utiles.
Comme j’en ai pris l’habitude, je vous conseille également de consulter les différents cadastres, dont celui de 1842 (dit « Napoléonien », car il s’agit d’une mise à jour du cadastre de 1810), librement consultable sur le site des Archives Départementales.
J’en ai extrait l’image suivante pour illustrer mon sujet sur les « Buttes de Pigeon ». Elle correspond d’ailleurs à la période de la fin de l’exploitation du Pigeon.

J’adore laisser libre cours à mon imagination en regardant attentivement un cadastre aussi précis! Ainsi, je peux vraiment voir les enfants s’évader des ruelles du faubourg et courir sur les ardoises du « terrain vague » et lancer des pierres dans l’eau des carrières! Nous n’avons pas de photos, mais nous pouvons trouver autre chose ! Lisez ce qu’en dit Adrien Planchenault (1)( Mais entre deux hoquets de dégoût! Ce bourgeois supporte mal la vision de la misère!) :
« …De misérables enfants vont jouer à cache-cache dans les grands trous de terrain que les tombereaux de déblais comblent d’année en année, ou jettent des pierres dans le fond de carrière voisin, petit lac qui donne un peu de gaîté et de verdure à ce quartier déshérité.
Par dessus la bigarrure des campements, les grands murs de la prison, aux allures de fortification, semblent la protéger, cette prison, contre l’invasion du « ghetto » angevin. »

On remarquera sur ce plan:
- Le dessin de la future prison (ajoutée par un fonctionnaire irrespectueux, puisque sa construction ne sera effective que vers 1853)
- Colorés en bleu, l’Hôtel de la Porte de Paris et ses importantes dépendances (2)
- La présence d’autres vestiges d’exploitation en direction de Saint-Serge.

La rue Terrien-Cocherel:

Les maisons de cette rue, trop vite construites sur des déblais mal stabilisés en 1910, a connu des débuts difficiles! Certaines d’entre elles se sont écroulées! D’autres ont survécu, mais présentent des inclinaisons spectaculaires.


Les maisons inclinées de la rue Terrien-Cocherel (5)

Furcy Soulez-Larivière, par une référence en bas de page, m’a donné le lien (3) pour aller consulter un document manuscrit que lui avait adressé M. Bonhomet, contemporain du petit Albert Chagnon, la victime du trou du Pigeon. J’en cite un extrait:
« …Le remblayage a été commencé pendant les premières années du siècle et a été terminé en 1914. C’est depuis la rue Terrien-Cocherel que des tombereaux (à chevaux) déversaient leur chargement dans l’eau, très en contrebas… En 1908 (selon mes souvenirs)(4), j’ai été très secoué par la mort d’un jeune garçon (de mon âge) du quartier… Il s’est enlisé et n’a pu être ramené à la vie.
…La rue Terrien-Cocherel a été établie sur des remblais recouvrant ou réunissant des talus de débris d’ardoises. Les premières maisons construites en bordure de cette rue (sur le côté opposé au « trou du Pigeon », l’autre côté dominant directement l’eau à cette époque) n’ont guère résisté au tassement du terrain.
Un de mes amis vient de me rappeler que, lorsqu’il était enfant, ses parents étaient allés habiter dans une maison de cette rue. Une nuit, des craquements inquiétants les réveillèrent et les firent évacuer rapidement l’immeuble qui commençait à s’effondrer. Moi-même, voulant rendre visite à un petit camarade habitant cette rue, je n’ai trouvé, à la place de son habitation, qu’une maison écroulée. »

La ZAC Terrien-Cocherel:

(article à venir)

(1) « Quartiers d’Angers à la fin du XIXe siècle » (Arch. Dép. BIB 618)
(2) Miraculeusement présent de nos jours, aux 117-119 de l’avenue Pasteur, y compris certaines dépendances. Voir la fiche que lui consacre l’Atlas du Patrimoine sur le site d’Angers. J’envisage d’en parler plus longuement sur ce blog.
(3) Arch.Dép: 70J7 (Fonds Soulez-Larivière)
(4) 1910 en fait…
(5) Photo Jean Cordaro – 2007