Une définition du mascaron (Wikipedia):

En architecture, un mascaron est un ornement représentant généralement une figure humaine parfois effrayante dont la fonction était, à l’origine, d’éloigner les mauvais esprits afin qu’ils ne pénètrent pas dans la demeure. Ils peuvent êtres apposés sur des murs, des linteaux de porte ou de fenêtre.
Parfois, des mascarons apposés sur une fontaine ont pour fonction de cracher de l’eau.


Le mascaron ci-contre fait partie de la série visible rue de l’Aiguillerie.

Histoire et évolution des mascaronss (texte anonyme trouvé sur le net):

A l’origine il ‘agit des têtes des ennemis posées sur des poteaux pour servir d’épouvantails…
Les mystères dionysiaques et le théâtre transfigurent cette histoire. La Grèce les utilise dans les rites funéraires, les cérémonies religieuses, les triomphes. Les antéfixes en terre cuite, ces ornements posés aux extrémités des toits romains, ont une fonction d’exorcisme, la méduse pétrifiée, Bacchus, la bacchante, le satyre, la fécondité. Au Moyen-Âge, placés à la saillie d’une corniche, dans l’embrasure d’une porte ou en cul de lampe, ces figures aux modèles innombrables jouent le rôle de démons subalternes.
La Renaissance est à l’origine des mascarons dont nous traitons ici avec la découverte en 1480 des Grotteschi, peintures souterraines antiques. Maniérisme, baroque et rococo s’en empareront successivement. La gravure et les répertoires d’ornement diffusent cette imagerie. Les premiers artistes qui en répandent la mode en France travaillent pour François Ier : le Primatice et le Rosso (et son graveur René Boyvin). L’architecte A. du Cerceau les adopte, comme le sculpteur Jean Goujon. Puis le décorateur Bérain au XVIIe siècle, l’architecte Oppenord, les sculpteurs Slodtz et le décorateur et orfèvre Meissonnier au XVIIIe siècle. L’iconologie de Cesare Ripa est la source magistrale dans laquelle puise chaque siècle.
Des mascarons de façade
Les architectes, comme le grand théoricien Blondel, se sont montrés rétifs devant l’abus d’ornement. Selon lui, le mascaron doit rester une exception. La simplification progressive de l’architecture, dont la grandeur est faite de répétition, conduit à l’emploi du mascaron à la clef d’arc dont il marque la symétrie de manière dynamique.


Angers, rue de la Préfecture

L’appareilleur dans son toisé prévoit les tables d’attente. Des modèles sont réalisés en cire ou plâtre. Le mascaron est pratiquement toujours esquissé sur le plan. Pourtant, comme il apparaît en fin de chantier, et parfois ultérieurement, il n’y a pas presque jamais d’attachement.
Iconographie
En principe, les visages sont d’abord vus de face, les cheveux en encadrement, dont les mèches se croisent en haut ou en bas. Jamais deux mascarons ne sont identiques. Au contraire ils s’opposent, la jeunesse et la vieillesse, lâ’imberbe ou le barbu par exemple. Les saisons montrent le printemps sous les fleurs, l’été épanoui, la tête de l’automne chargée de grappes et l’hiver en vieillard ensommeillé. Hercule, la figure héroisée du masculin, triomphe longtemps, avant les «  sauvages » d’Amérique à coiffures de plumes et les turcs enturbannés. L’individualisation des traits, le regard désabusé, l’œil impertinent, le nez camus, les poses asymétriques, la caricature sous forme de grimaces et mimiques, le rire truculent du faune (cf. les bouffonneries des mascarons du Pont-Neuf), les gesticulations du singe, mais aussi le sourire de la gracieuse jeune fille, la sensualité d’une joue potelée, ces portraits font la joie du promeneur. Avec le style rocaille, les doubles profils, les cartouches à coquilles qui s’enroulent sur l’intrados, les triples cornes d’abondance et les chutes de fleurs, marquent le sommet d’un art qui se retrouvera sur les immeubles haussmanniens après l’interruption du style néo-classique qui leur préférera l’agrafe cannelée.

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Une exposition récente au Musée d’Orsay a été consacrée aux masques. Voila ce que j’ai relevé sur son site au sujet des mascarons:

Mascarons décoratifs

En architecture, le masque est nommé mascaron. L’éclectisme du XIXe le décline à la mode néo-grecque, néo-Renaissance, néo-baroque. Ornement familier de l’architecture urbaine, ces visages sévères, souriants ou grimaçants, constituent depuis le XVIe siècle un motif de prédilection de la tradition décorative.

Parallèlement, se développe toute une production destinée à la décoration intérieure. Cet engouement est néanmoins analysé avec scepticisme en 1903 par Paul Vitry, conservateur du département des Sculptures du musée du Louvre : « Est-ce que tous ces masques, plus ou moins décoratifs, dont on se sert comme on peut, à titre de bibelots, pour orner des intérieurs disparates, ne semblent pas comme les éléments désaffectés de quelque grand ensemble architectural ? De fait, nos architectes modernes se sont contentés de poncifs immuables qu’ils font calquer par des manoeuvres sur les modèles d’autrefois jamais renouvelés [...] tous ces masques au fond ne sont que des mascarons inachevés et inutilisés ».

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Enfin un livre, écrit par Christian Gatard: « Le Peuple des têtes coupées » (Enquête sur les mascarons) (Editions Coprah – date d’édition : 2005 )
Je ne l’ai pas lu, mais je cours l’acheter !

Les extraits
La première phrase
Le don de faire des trouvailles (l’ exquis serendipity anglais) relève d’une croyance lumineuse en la nature d’un monde subtil.

La dernière phrase
Je notais toutefois que l’heure qu’il évoquait n’était pas celle de l’horloge mais celle de l’espèce humaine.

Un extrait:

 » Les mascarons ont poussé au-dessus des boulevards. Le troisième Empire, tapageur et frivole, nous les a laissés en héritage. La circulation, la mobilité – c’était là des défis du temps ! Le chemin de fer, la circulation des dépêches… Les mascarons immenses et majestueux qui accueillent les voyageurs sur les hauts frontons de départ et d’arrivée des gares étaient-ils, contrepoints immobiles et immuables, partie prenante de cette vitesse qui commençait d’enivrer la civilisation ? »

Un commentaire sur ce livre:

« Sentinelles comiques ou grotesques, guetteurs tragiques, mémoires impassibles surgies des murs, les mascarons font des signes immobiles… ils scrutent … ils épient… et ils témoignent. Le lecteur est convié à lever la tête vers les hauteurs, à suivre le vol aléatoire des idées de passage, des coq-à-l’âne, des intuitions extravagantes mais prometteuses qui ont fini par révéler le secret du Peuple des Têtes coupées. L’auteur revendique et assume pleinement sa méthode, l’art sublime de la sérendipité : la découverte, par hasard et sagacité, des choses qu’on ne cherche pas. L’exercice est étonnant, inspiré et facétieux.  »