…ou les surprises du passage Rochetière!

Cette visite nous emmène sur un jeu de piste étonnant !

Des repères d’abord !

L’image ci-dessous, extraite du cadastre de 1840, nous fait revenir un peu (si peu !) en arrière dans le temps.
En bas, le trajet sinueux d’un chemin, le « Chemin des Bas », ou « Bas Chemin » (qui n’est autre que notre actuelle rue Franklin) dessert le hameau ou « closerie » de la Rochetière, et va mourir à gauche, à l’entrée de la rue Hanneloup.
En haut, le Mail (notre actuelle avenue Jeanne d’Arc), tracé au milieu des vignes, des jardins, des paturages et autes « terres labourables ».
Déjà, une corderie, prélude à l’industrie Bessonneau, est installée en bordure de ce Mail.
Entre le « Bas Chemin » et le Mail, un faisceau de venelles desservant de petits jardins… Nous sommes au coeur de notre sujet.
J’ai surchargé en bleu:
-à gauche, ce qui est devenu le passage Rochetière.
-aux repères 31 et 37, les deux impasses existantes aujourd’hui à ces numéros de la rue Franklin.
Les pointillés représentent approximativement, le tracé de la rue du Quinconce.

L’urbanisation de la fin du XIXe siècle et du début du XXe va bouleverser grandement le paysage ! La vue satellite du même quartier nous permet de retrouver les repères notés plus haut et de « décrypter » ainsi un ensemble particulièrement dissimulé aux yeux des passants :

- En vert, l’atelier d’artiste.
- En jaune, l’école Saint-Joseph, qui a fermé ses portes il y a 10 ans environ.
- En rose, la maternelle « Sainte-Famille » (Eh oui! C’est elle qui offre cette façade remarquée dans le passage Rochetière). Elle a fermé ses portes l’an dernier.
Les deux maisons, remarquées aux numéros 18 et 20 du passage, figurent, semble-t-il, sur le plan cadastral de 1840.

L’atelier d’artiste du 17, passage Rochetière:

Genèse

An 1858, le 26 août, à trois heures et demie de l’après-midi… Est comparu le Sieur Jean Tessier, jardinier, âgé de 36 ans, demeurant en cette ville, rue du Bas Chemin, sans numéro, lequel nous a présenté un enfant de sexe masculin, né en son domicile, ce jour à 10 heures du matin, de lui et de Henriette Marie Perrière, son épouse, âgée de 27 ans, mariés en cette mairie, second arrondissement, le 9 novembre dernier, auquel enfant il a donné les prénoms de Adolphe, Louis….

Les « Mémoires » de l’Académie d’Angers rendent hommage à ce Louis Tessier, né dans une modeste famille de jardiniers, apprenti peintre en bâtiment, qui fut admis à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts, puis à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1880. Elève de Jean-Léon Gérôme, il obtient une mention au Salon de 1886 pour le tableau intitulé « Chômage ».
Les Musées d’Angers détiennent une dizaine de ses oeuvres. Dominique Sauvegrain, responsable du service documentation des Musées d’Angers, m’a aimablement communiqué la reproduction du très réaliste « Chômage ».

Des ventes récentes signalées sur les sites de Christie’s ou de Sotheby’s nous prouvent que ses oeuvres sont très recherchées de nos jours. J’ai aussi remarqué cette oeuvre (« Tourbillon »), remarquable par sa composition et l’utilisation de la lumière, dont les reproductions sur toile sont vendues près de 200$ sur Internet:

Le bel atelier du passage Rochetière a été construit en 1900 (1) pour cet artiste, né à quelques pas de là 42 ans plus tôt.
A la mort de Tessier, en 1915, c’est un autre peintre, Victor-René Livache, qui prend possession des lieux. Sylvain Bertoldi nous conte dans ses « Chroniques Historiques », les péripéties de la nomination de ce peintre à la tête de notre Ecole des Beaux-Arts en 1921, qu’il dirigea jusqu’à sa mort en 1944. (3)
Je reviendrai très prochainement évoquer l’histoire (et aussi le présent !) de cette maison, certainement magique, qui est encore de nos jours habitée, sauvée, animée, par des artistes de renom.

L’Institut Supérieur Européen de l’Enluminure et du Manuscrit (4)

C’est le terme inattendu de notre périple!

Il fait très beau et chaud en cet après-midi d’avril… Le soleil joue dans les premières feuilles vert tendre d’un marronnier.
Au fond d’une cour miraculeusement sauvegardée d’un quartier où la pression des promoteurs est importante, dans le silence de cette ancienne salle de classe de l’école Saint-Joseph ( le 37 de la rue Franklin), une dizaine de jeunes femmes reçoivent l’enseignement de Barbara de Monchy et de ses collaboratrices dans l’art ancien de l’enluminure et de la calligraphie.

Le bureau de Barbara de Monchy (mais est-ce un bureau ?) est un lieu incroyable et magique où ce qui semble désordre est plutôt le témoignage visuel du foisonnement d’un esprit curieux et créatif constamment en ébullition.

Là, Barbara de Monchy me parle avec passion (5) de son art, de ses projets aussi, dont la création imminente d’un « Ordre des Enlumineurs Français ».
Voilà dix ans que cette école existe. L’enseignement s’effectue sur deux années et chaque promotion comprend une dizaine de stagiaires. Respect des techniques et des règles du passé, mais liberté dans l’expression sont de nature à séduire de jeunes artistes (l’esprit de la bande dessinée n’est pas exclu dans le parcours de création !).
Nous parlons longtemps, pas seulement d’enluminures, mais aussi de notre ville et de nos souvenirs, le temps passe vite, dans la salle voisine, le silence règne sur les têtes baissées et attentives… Je suis heureux d’être là…

(1) Voir ICI la fiche du Service du Patrimoine
(2) Repère documentaire: MBA J 815
(3) Voir ICI La « Chronique » de Sylvain Bertoldi
ICI
(4) L’Institut Supérieur Européen de l’Enluminure et du Manuscrit: ICI
(5) B. de Monchy parle dans une excellente video réalisée par Angers7