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La rue Valdemaine, depuis le carrefour très fréquenté Poëliers-Bodinier-Saint-Laud, n’offre guère d’attraits; et j’admire le courage de cette femme, avec laquelle j’aimais bavarder, qui a essayé pendant plusieurs mois d’y faire vivre une petite boutique de disques d’occasion avant de baisser les bras et le rideau!
L’impasse des Petits-Pères (3) s’ouvre discrètement sur cette rue, quelques dizaines de mètres après ce carrefour. Etroite et peu engageante (Il faut se plaquer contre les murs si une voiture s’y engage!), elle descend en pente douce, bordée à gauche par les vestiges d’une maisons à colombages et à droite par les murs très laids garnis de baies qui appartiennent aux dépendances des magasins de la rue des Poëliers.
Un tuyau crache des vapeurs au-dessus de votre tête et la seule note un peu optimiste et colorée est celle fournie par un « tag » qui annonce d’une façon très convaincante: « Le monde est à nous! ».
La cour qui termine le parcours est plus large et tristement garnie de garages à voitures. Des immeubles assez récents en ferment la perspective.
Les « Petits-Pères »? Qui étaient-ils?… Dans l’espace délimité par l’impasse, la rue Valdemaine et la rue Parcheminerie, s’élevait jadis l’un des hôtels les plus beaux et les plus vastes de la ville d’Angers: L’Hôtel Poyet des Granges. Il fût mis à la disposition des prêtres de la « Congrégation de la Mission » (ou prêtres « Lazaristes » de Saint Vincent de Paul) en 1674 par sa propriétaire, Mademoiselle de la Grandière Cornuau. Cette communauté y résida depuis cette date, jusqu’à la Révolution.
Cet Hôtel, dont l’architecte n’était autre que Jean Delespine (2) a pratiquement disparu, mais je vous convie à faire un très grand effort d’imagination! Parvenu dans la cour, retournez-vous et levez les yeux.

Malgré les bouleversements qu’a connus l’ensemble du site, vous pourrez remarquer les vestiges d’un grand toit dans lequel s’encastrent d’autres corps de logis, le tout sauvagement modifié et ravalé! En ressortant dans la rue Valdemaine et en vous plaçant en face des bâtiments de l’école maternelle, vous apercevrez de nouveau ce toit sous un autre angle, et, lui faisant face, de l’autre côté de l’école, d’autres traces d’un pignon de l’Hôtel, imprimées dans un grand mur, à une hauteur qui laisse imaginer l’importance de la construction disparue.

Et l’on se risque à lancer dans l’espace des lignes imaginaires pour reconstituer désespérément ce qui était peut-être aussi beau que l’hôtel Pincé!

Si j’ai réussi à piquer un peu votre curiosité, vous trouverez ICI un complément d’informations sur l’installation de ces Petits Pères à Angers.

(1) Consultable aux Archives Municipales.
(2) Voir la fiche intéressante publiée ICI par le Conseil Général (On y retrouve la plume d’Olivier Biguet et Dominique Letellier!)
(3) D »après le recensement de population de 1769 (1), l’impasse des Petits-Pères portait aussi le nom d’impasse des « Basse-Bretons »… Allez savoir pourquoi ?

Ah! Ah!… Vous ne la connaissiez pas celle-là! Et pourtant, en cherchant fébrilement des idées pour vos derniers cadeaux, vous êtes peut-être passés plusieurs fois devant son entrée au 4 de la rue Saint-Laud.

Un portail en ferme l’entrée et son autre extrémité sur la rue Bodinier est également fermée par une grille… Alors comment définir une impasse ouverte aux deux extrémités et condamnée aux deux extrémités? Je vous laisse chercher!
L’impasse est repérable sur les anciens plans ou cadastres d’Angers mais semble avoir été définitivement oubliée au XXe siècle. Simple couloir livré aux courants d’air, son nom ne figure plus nulle part, ni sur les murs, ni sur les plans récents.

Impasse… Elle le fut vraiment jusqu’à la percée de la rue Bodinier à la fin des années 1860, qui, en rasant quelques immeubles contigus, lui offrit un deuxième accès.
En l’examinant depuis cette rue Bodinier (baptisée au début « Rue des Poëliers prolongée »),on constate une dénivellation importante entre sa chaussée, encore pittoresquement pavée, et le niveau de la rue. (Voir photo ci-dessus)
Les archives de la ville (*) nous offrent une savoureuse correspondance datée de 1872, entre une dame B… propriétaire dans l’impasse de Bade (**), et les services de la mairie. Madame B… souhaitait se faire installer, aux frais de la municipalité, un escalier en marches de granit pour franchir la dénivellée. Un expert mandaté soutenait alors que l’ouverture récente de l’impasse, autrefois « sans air et sans lumière », apportait à la propriété de Madame B… une plus value certaine, et qu’elle pouvait donc se contenter de marches en bois.
Ce lieu avait auparavant fait l’objet de réclamations de la part des propriétaires qui signalaient dès 1851 « …Des pavés mal joints dans lesquels les eaux ménagères se répandent, séjournent et exhalent des odeurs fétides et nuisibles à la santé… »

(*) Cote: 1O554
(**) Si vous connaissez l’origine de ce nom, merci de me la faire connaître !

Même s’il est intéressé par ce curieux couloir qui s’ouvre au 48 de la rue Saint-Laud, le passant n’est guère enclin à s’y engager! Certes, la lumière du jour vient éclairer le fond de l’impasse auquel il donne accès, mais l’étroitesse du passage évoque la description des coupe-gorges de certains romans de Fantomas.

En descendre la légère pente, qui a bénéficié d’un pavage récent avec rigole centrale, nous fait pénétrer aussitôt dans le calme habituel de ces lieux qui conservent la mémoire de ce vieux quartier. Des ouvertures murées alternent avec des portes en bois, la plupart surmontées d’arcs de pierre de tuffeau. La base d’un mur, monstrueusement enflée, semble prête à crever et à répandre son contenu innommable!

Malgré l’atroce injure des installations électiques « volantes » et des tuyauteries d’écoulement des eaux, un charme subsiste ici, indéfinissable. Au-dessus de nous, un morceau de ciel parvient à éclairer quelques fenêtres ouvertes sur un espace que les évolutions architecturales de la rue Saint Laud ont épargné.

(Le dictionnaire des rues de la ville d’Angers nous apprend que le terme de « Peronnelles » désignait les prostituées qui vendaient ici leurs charmes sous l’Ancien Régime.)