Ce fait divers, relevé dans l’édition du 28 juin 1910 du « Petit Courrier », nous rappelle l’existence de l’activité ardoisière d’un secteur d’Angers qui s’étendait de Saint-Serge à la route de Paris.
La mort tragique de cet enfant semble marquer la fin de cette longue histoire, puisque toutes traces de ces carrières seront effacées quelques années plus tard.
Pour tous ceux, qui, comme moi, aiment se promener dans les « vieux fonds » de Trélazé et Saint-Barthélemy, il est facile d’imaginer quel terrain de jeu devait offrir ce grand espace situé au contact du populeux faubourg Saint-Michel!
En ce début de siècle, la prison et les premières maisons de la toute nouvelle rue Terrien-Cocherel dominaient une pente (ou « butte du Pigeon ») faite de débris d’ardoises, résidus des tailles faites par les fendeurs, et parsemée de vestiges des installations d’exploitation; ces dernières, abandonnées déjà depuis près de 50 ans. Si ce territoire avait probablement été entouré d’une clôture, il y avait belle lurette que les enfants en avaient trouvé les failles!
Cette pente menait tout droit à ce qui restait de la grande carrière du Pigeon; laquelle, après avoir atteint une profondeur de 60 mètres, n’était plus qu’un trou boueux, abandonné des pêcheurs. La butte remontait ensuite, en direction de la route de Paris, vers des jardins et l’auberge de la « Porte de Paris », qui était peut-être encore en activité.
Le trou du Pigeon occupait donc l’espace délimité à notre époque par la rue Terrien-Cocherel, la rue Lardin de Musset, et l’avenue Pasteur. La photo suivante, prise depuis l’escalier de secours du foyer-logement Saint-Michel de la rue Lardin de Musset, montre ce qu’est devenu ce quartier, de nos jours, avant le démarrage de l’opération immobilière conduite dans le cadre de la « ZAC Terrien-Cocherel »

On aperçoit, dans la partie centrale, l’enfilade des maisons de la rue Terrien Cocherel, et sur la droite de cette rue, cet ilôt de friche industrielle qui s’étend jusqu’à l’avenue Pasteur toute proche. Les vues plongeantes écrasent les reliefs, mais si vous descendez de ce perchoir et que vous vous placez au carrefour Lardin de Musset-avenue Pasteur, vous aurez une meilleure perception de la dépression marquée de cette zone, bordée au sud par la hauteur sur laquelle s’est construit le faubourg Saint-Michel, et au nord, par la colline du quartier Lutin-Farfadets-Korrigans-Victor Hugo (à l’arrière-plan de la photo).
Le ruisseau de Jérusalem, maintenant canalisé, empruntait le fond de cette dépression.

Vous trouverez d’autres renseignements sur ces carrières et sur le destin programmé de ce quartier en cliquant ICI.

Mais avant de tourner cette page, écoutez l’abbé Pineau, futur curé de Saint-Antoine, au lendemain de la mort du petit Louis Chagnon:
« GRAND MALHEUR!
Mon enfant de choeur, Albert Chagnon (1), 19, chemin de Jerusalem, se noye par accident dans le trou du Pré-Pigeon, entre la rue de Paris et la rue Lardin de Musset. L’enfant avait douze ans; il était extrêmement doux, et d’une profonde piété.
On aurait pu espérer l’envoyer un jour au petit séminaire. Les desseins de Dieu sont impénétrables!!! Cet enfant, par son bon genre, avait gagné la sympathie de tout le quartier, même de ceux qui ne fréquentent pas l’église. « 

(1) Albert? Louis? Il s’agit bien du même enfant. On peut penser que le journaliste a fait l’erreur…